Un dimanche lambda, dans la file d’attente d’un cinéma quelconque. Je tente de ne pas céder à la tentation de l’agacement. Le hall est plein à craquer, ce qui fait baisser drastiquement le compteur de places pour Les Tuche 2 dans les 4 salles où il est diffusé, alors que la moitié des bornes de retrait affiche hors-service, avec un tarif de 11,30€. Non, je ne cède pas, parce que je vais voir The Hateful Eight, le dernier Tarantino. Et à la fin, spoiler alert : je m’en suis servi comme exemple dans mes ateliers de théâtre.

Depuis près d’un an, j’anime des ateliers d’improvisation théâtrale, et notamment à des lycéens et prépa lettre. Parfois, j’ai du mal à leur faire comprendre des concepts de jeu ; il y a quelques semaines, j’ai donc essayé d’illustrer ces concepts avec des références connues de tou.te.s. En tête de gondole : le cinéma. Après tout, qui n’aime pas regarder des films ?

Bon, exemple.

Depuis la rentrée, je passe mon temps à râler parce que dès qu’ils entrent en jeu, c’est-à-dire dans l’espace scénique, ils rasent les murs. Ils se mettent constamment sur les côtés, dans les coins, en fond de scène… bref, partout sauf au centre. Des fois, ils sont même à la limite du hors-scène. Un jour, marre de râler : je leur ai dit de s’imaginer en train de regarder un film où les acteurs principaux seraient sur les côtés de l’écran, alors que le centre serait vide. Réaction immédiate : ce serait inhabituel, et plutôt étrange. Ça les a aidé à intégrer cette notion d’occupation de l’espace. Victoire.

Plus récemment, j’ai travaillé le concept de création de personnage à travers deux vecteurs : les émotions et l’écriture spontanée de l’histoire d’un personnage. Il y a une règle en improvisation qui veut que dès qu’on pose un pied sur scène, on incarne un personnage. Après tout, ça reste du théâtre. C’est une règle que je trouve primordiale, parce que de beaux personnages dans une saynète sans enjeu, est toujours mieux que l’inverse. Preuve à l’appui avec The Hateful Eight.

J’ai trouvé le film très inspirant pour illustrer le concept de création de personnage. Le film est un huis-clos (ou presque). Comme dans beaucoup de huis-clos, il ne se passe presque rien en termes d’action. Et pourtant, il dure 3h ; mais on ne s’ennuie jamais. Le secret, c’est que tout le film repose sur les personnages (au-delà du jeu des comédien.ne.s, mais vu le casting il n’y avait pas de doutes). Les personnages créés ici par Tarantino sont soignés, ils ont une histoire et un style qui leur donne beaucoup de profondeur, beaucoup de présence. En fait, j’irais même jusqu’à dire que leur présence suffit à créer quelque chose. Après, évidemment, les dialogues font le reste (et le font très bien).

Et c’est tout pile ce que je leur ai fait travailler en atelier, avec deux sessions de type « question-réponse ». Dans la première partie, je les faisait marcher dans la salle, et à chaque fois que je sifflais, ils devaient incarner un personnage. De temps en temps, j’en prenais un ou plusieurs à partie en leur posant un maximum de questions, des fois très précises (quel âge as-tu ? quelle est ta couleur préférée ?) auxquelles ils devaient répondre dans l’immédiat. Dans la deuxième partie, ils passaient individuellement devant le groupe avec un personnage et une contrainte imposée (par exemple : un ravioli dépressif), qu’ils devaient jouer pendant 30 secondes avant de subir une avalanche de questions. Le but ici était de les forcer à incarner un personnage, au-delà de simplement le jouer, pour lui donner de la profondeur.

The Hateful Eight est un parfait exemple de ce concept. Évidemment, il existe bien d’autres films qui pourraient ici servir à illustrer l’importance d’un personnage bien fait ; je pense notamment à 12 Angry Men de Sidney Lumet, une petite pépite cinématographique.

Quoiqu’il en soit, je conseille à n’importe quel prof de quoique ce soit de se reposer sur des références populaires pour illustrer le propos, surtout auprès des jeunes. C’est toujours plus cool de parler du dernier Tarantino que du « masque du comédien ».

Bisous.

3 Commentaires

  1. J’aime beaucoup ton parallèle cinéma/théâtre, pas lié à la construction d’histoire comme on peut le faire habituellement, mais du point de vue des personnages. Je n’y avais jamais pensé sous cet angle, et pourtant ça fait vraiment sens. Bref : j’en demande plus, des articles de blog, j’y apprends des trucs intéressants 🙂

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here