La madeleine de Proust est définitivement une sensation étrange. D’abord, elle fait ressentir une joie profonde, en réveillant ces souvenirs heureux que j’avais trop longtemps mis de côté. Mais à chaque fois, elle arrive avec sa dose de nostalgie, et cette envie soudaine de tout arrêter pour redevenir cet enfant, dont le seul problème était de devoir se lever à 7h pour affronter son ennemi juré : les autres enfants. Pourtant, ça ne m’a pas empêché, cette semaine, de m’offrir un petit voyage dans mes jeunes années.

D’abord, je suis allé en 1998, dans l’appartement de mon père. Il était situé rue Marco Polo, dans un quartier de Montigny-le-Bretonneux plutôt sympathique. On y trouvait un immense lac dont j’ai fait le tour à vélo des dizaines de fois, quelques légères pentes qu’on descendait en skate, un terrain de foot où j’ai pu découvrir que je n’étais pas fait pour le sport… bref, un quartier d’enfance. Aléas de la vie, mon frère et moi y allions un weekend sur deux. J’aimais profondément aller chez mon père. J’ai toujours considéré qu’il a été mon éducateur culturel : il joue de la guitare et du piano, écoute beaucoup de musique, nous ramenait toujours des VHS de la Médiathèque, nous emmenait régulièrement au cinéma ou dans les musées et, surtout, il avait un ordinateur et des consoles de jeu. Les chiens ne font pas des chats.

Ce vendredi soir, comme d’habitude, mon frère et moi nous sommes précipités dans la chambre que nous partagions pour pratiquer notre activité préférée de tous les temps : jouer. Mais ce soir de 1998, quelque chose de nouveau était arrivé dans nos vies : la PlayStation. Nous avions chacun eu le droit à un jeu : de mon côté, j’avais opté pour Heart Of Darkness ; mon frère avait choisi Crash Bandicoot 3. On y a passé des heures entières, à essayer de tout débloquer, tout explorer, tout terminer. On s’est fait beaucoup engueuler, aussi, parce qu’on ne pouvait pas venir à table sans avoir sauvegardé la partie. Quand mon père finissait par éteindre la console en plein milieu d’un boss, notre monde s’effondrait et plus rien n’avait de sens (au moins pendant 15 minutes). Quand on arrivait à terminer un niveau en ayant trouvé toutes les caisses, qu’on battait le temps du contre-la-montre, qu’on battait un boss après 17 tentatives, on se sentait indestructibles. La belle époque.

Tout cela était totalement enfoui dans ma mémoire, jusqu’à ce que je passe devant un Micromania, et que j’aperçoive sur le présentoir la trilogie remasterisée sur PS4. Je n’ai pas pu résister à l’envie de rejouer mon enfance et, le temps d’une partie, prétendre que rien n’a changé. Ça fait du bien.

Dans la seconde partie de mon voyage temporel, je me suis rendu au collège. Une affreuse période sur le plan humain mais, quand l’extérieur devient hostile, on peut toujours compter sur nos happy places. Dans la mienne, la musique avait une place de choix. Si à l’époque je ne jurais que par le rock, il y a un artiste qui m’a ouvert l’esprit sur d’autres styles : Eminem. Difficile de passer à côté ; dans mon collège, on ne parlait que de Slim Shady et, à la maison, le CD 2 titres tournait en boucle dans ma chambre pendant que je faisais mes devoirs.

Oh, la belle surprise quand j’ai découvert qu’il avait sorti un nouvel album, Kamikaze. Et il est juste incroyable. Évidemment, 20 ans plus tard, les morceaux sont plus sombres et l’univers burlesque de Without Me semble bien loin, mais j’y ai retrouvé le flow visceral et les textes acides de ses débuts. Gros coup de coeur pour les trois premiers morceaux, avec une mention spéciale pour Lucky You.

Pour clôturer mon voyage, je suis revenu dans le présent, avec un film dont T. m’avait parlé il y a quelques semaine : The Hunt, de Thomas Vinterberg, avec Mads Mikkelsen. Une claque. Je n’en dirai pas plus.

Passez une bonne semaine !

Laisser un commentaire